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Présentation :...Le professeur
d’économie Hans Hermann Hoppe est docteur de l’université de
Francfort-sur-le-Main et senior fellow du Ludwig Von Mises Institute. Il
a publié aux Etats-Unis « Democracy, the God that Failed » avec, en
sous-titre, « The Economics and Politics of Monarchy, Democracy and
Natural Order ».
Ce livre, disponible aussi en allemand, étudie
l’efficacité comparée de la monarchie et de la démocratie du point de
vue de la science économique et à partir d’une analyse libertarienne.
....

Extraits :
le
professeur Hoppe n’est pas du tout un idéologue monarchiste ; il est un
économiste libertarien dans la tradition américaine (et autrichienne ;
celle de Von Mises et Hayek). Il rêve d’une société de libres
propriétaires sans Etat. Mais l’homme étant imparfait, se passer d’Etat
est impossible. Le deuxième choix est pour lui la monarchie car elle est
la forme la plus naturelle du pouvoir parce qu’elle émerge naturellement
du besoin de protection et qu’elle est incarnée et non abstraite. ......
Hoppe estime que la démocratie va s’effondrer sous le poids de ses
dettes et de ses dépenses sociales lors de l’effondrement démographique
qui s’annonce et qui est produit par la destruction des valeurs
familiales.
en
z
relations
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« Démocratie : le
Dieu qui a failli » par Hans Hermann Hoppe
Source: http://www.polemia.com/contenu.php?cat_id=43&iddoc=1221
Le 10 Avril 2006
1/ La préférence pour l’immédiat (time preference), adversaire de
la civilisation
Tout individu préfère un bien présent
à un bien futur, c’est la « préférence pour l’immédiat ». Plus elle est
élevée, plus l’épargne et l’investissement seront réduits au profit de
la consommation immédiate.
Les enfants ont un taux élevé de
préférence pour l’immédiat. Ce taux est d’autant plus élevé qu’ils sont
moins éduqués. Selon Hoppe, les classes supérieures de la société (upper
classes) sont les plus « adultes » car orientées vers le futur,
l’autodiscipline, et elles sont capables de refuser une gratification
immédiate au profit d’une satisfaction dans un futur lointain. Par
contre, au bas de l’échelle sociale (lower classes) les individus sont
souvent orientés vers le présent et l’hédonisme. Le futur n’est pas
considéré comme quelque chose que l’on prépare mais comme une série
d’événements extérieurs qui vous « tombent dessus ». Bref, davantage de
gens impulsifs, imprévoyants, ne s’intéressant pas beaucoup à leur
travail, prenant moins soin des choses, réparant moins leurs biens et
souvent frappés par l’alcoolisme, la drogue et la délinquance. La cause
de ces derniers phénomènes n’est pas, comme on le croit souvent, le
chômage ou les faibles revenus. C’est au contraire les bas salaires et
le chômage qui sont la conséquence d’un comportement déterminé par la
préférence pour l’immédiat. Les non-économistes ignorent largement ce
fait et expliquent la psychologie des individus par les conditions
sociales, ce qui est simpliste car l’inverse est aussi vrai.
L’épargne et l’investissement qui
supposent une faible préférence pour l’immédiat sécrètent un processus
de civilisation. A l’inverse, la violation des droits de propriété
accroît la préférence pour l’immédiat chez la victime ; la forte
préférence pour l’immédiat caractérise celui qui viole ces droits de
propriété : le criminel ou l’Etat socialiste. Ce dernier peut le
faire légalement grâce aux pouvoirs de légiférer et de taxer. C’est
pourquoi l’Etat peut être aussi une menace pour la civilisation.
Différentes sortes d’Etat mènent à différents degrés de civilisation.
Naturellement, l’humanité cherche à accroître le capital et le stock de
biens durables, ce qui suppose une vision à long terme (d’adulte). La
décivilisation ou retour à la barbarie, c’est quand l’adulte devient
enfant, le prévoyant devient le rêveur au jour le jour, le producteur
devient un délinquant.
A noter que le christianisme, avec les
idées du Jugement dernier et la perspective de la vie éternelle, réduit
la propension de l’homme à préférer l’immédiat. Pour cette raison, il
est un facteur important de civilisation.
2/ Qu’est ce que la monarchie ?
Selon Hoppe, tout gouvernement
commence à l’origine par être de petite taille. Or, on fait plus
confiance à une personne que l’on connaît pour se protéger qu’à un
anonyme : c’est pourquoi la monarchie est la forme de gouvernement
originelle et la plus courante dans l’humanité historiquement parlant.
Quand le gouvernement est l’objet d’une appropriation privée, on est en
monarchie. Quand le gouvernement est « nationalisé » et appartient au
public, on est en démocratie et le gouvernant est considéré comme un
gérant au nom de tous. Comme les masses ou les majorités n’ont pas
d’autorité naturelle, la démocratie ne naît pas comme la monarchie d’un
processus d’émergence spontanée : elle est toujours le produit de la
guerre ou de la révolution, donc de la violence.
Le caractère essentiel de la monarchie
est l’appropriation privée du gouvernement. Les ressources obtenues
grâce au monopole du pouvoir sont possédées individuellement. Elles
accroissent le capital du monarque et font l’objet d’héritage. Le roi
peut vendre ses biens, licencier son gérant, etc. Il cherche à maximiser
à la fois la valeur capitalistique de sa propriété et ses revenus
courants. Il ne voudra pas accroître son revenu courant au risque de
détruire son capital. La propriété privée conduit au calcul économique
et développe la vision à long terme de ses intérêts. Le roi ne va pas
taxer à mort ses sujets : l’Etat monarchique prélevait en moyenne 8 % de
la richesse nationale du XIe au XIXe siècle. Le roi fait profiter de ses
privilèges peu de gens (familles et amis) à la différence, comme nous le
verrons, de la démocratie.
Le peuple a une forte conscience
d’être sujet : gouverné et gouvernants sont clairement identifiés, ce
qui est une bonne chose car le roi doit donc faire attention à ne pas
perdre sa légitimité par des excès. Le serment des premiers rois
français disait : « Je vais honorer et protéger chacun de vous,
maintenir les droits de chacun et maintenir la justice. » Le roi, en
tant que propriétaire privé, ne peut détruire sans danger pour lui-même
la propriété des autres ; il y a une solidarité. La monarchie modère
aussi la politique étrangère : le mariage est préférable à la guerre
pour accroître la propriété.
3/ La démocratie, un régime de gestion à courte vue
Pour Hoppe, en contraste avec la
modération interne et externe de la monarchie, le gouvernement
nationalisé, propriété « publique », dit « démocratie », est porté sur
l’excès. Le président d’une démocratie utilise l’appareil du
gouvernement à son avantage mais il n’en est pas le propriétaire. Il
possède l’usage des recettes de l’Etat mais non du capital. Il va donc
maximiser le revenu courant en ignorant la détérioration du capital. Ne
pouvant vendre les ressources de l’Etat, le calcul économique sur le
marché devient impossible. Le gérant provisoire va essayer d’utiliser
les ressources le plus vite possible : consommer tout de suite. Le roi
n’a aucun intérêt à réduire le capital de son pays mais pour un
président la modération n’a que des inconvénients. Elle l’empêche de
profiter du pouvoir et les bons résultats à long terme ne profiteront
qu’à son successeur électoral qui fut avant son concurrent.
De plus, en république, le gouverné se
croit gouvernant et est donc moins vigilant. Il tolère paradoxalement
plus toutes sortes d’excès de pouvoirs. Pour Hoppe, la démocratisation
n’est donc pas un progrès, pas plus que la nationalisation pour une
entreprise. L’Etat va taxer, s’endetter et exproprier. Le poids de
l’Etat dans l’économie passera de 20 % au XVIIIe siècle à 50 % au XXe.
L’endettement notamment est favorisé car il frappera le gouvernement
futur : or, il n’y a pas de solidarité en démocratie entre gouvernants
successifs.
En monarchie, le gouvernement ne crée
pas la loi. Le roi est privilégié dans le cadre du droit privé général
qui s’applique à tous. Par contre, le gouvernement public (démocratie)
fait émerger un droit public orienté vers la redistribution. Le gérant
démocratique ne craint pas que la redistribution ne réduise la
productivité dans le futur ; il est confronté aux élections et à
l’ouverture du gouvernement à tous. Cela le pousse à créer un welfare
state socialiste. La démocratie est ainsi le premier pas vers un
socialisme rendu inévitable par le mécanisme électoral qui repose sur la
flatterie.
L’inflation législative crée
l’insécurité du droit. On respecte moins un droit qui change sans cesse.
Le crime est relativisé. La sécurité sociale empêche les gens d’être
prévoyants. Dès lors, la valeur économique du mariage, de la famille et
des enfants baisse : ils sont moins utiles à la vieillesse. « Depuis
l’arrivée de la démocratie, tous les indicateurs de dysfonctionnement
familial augmentent » : baisse du nombre d’enfants, stagnation de la
population de souche, augmentation des divorces, des familles
monoparentales, des avortements.
Selon Richard Herrnstein (« Crime and
Human Nature », Simon and Schuster, New York 1985), le crime peut être
attrayant d’un point de vue économique car la récompense d’un agresseur
est immédiate et le coût (la punition) est futur et incertain ; la
personne orientée vers l’immédiat a intérêt à être délinquante ; or la
démocratie oriente les individus vers l’immédiat à cause du consumérisme
des médias et de l’irresponsabilité engendrée par la sécurité sociale ;
l’individu est déresponsabilisé ; il ne faut pas s’étonner si le nombre
des crimes et délits augmente après un siècle de démocratie en Occident.
« Dans ce contexte, ne pas produire
quelque chose qui ait de la valeur, ne pas savoir prévoir l’avenir
devient moins gênant que de produire et d’être prévoyant. En
conséquence, indépendamment des bonnes intentions du législateur d’aider
et de protéger le pauvre, il y aura de plus en plus de gens qui
produiront moins et prévoiront mal, et de moins en moins de gens pour
produire plus et prévoir correctement. Si l’on punit les productifs, on
va réduire l’activité productrice, responsable, orientée vers le futur
au profit de la consommation, du parasitisme, de la dépendance et de la
vision à court terme. Les problèmes que la redistribution devait
arranger vont au contraire s’aggraver. Avec la hausse de la
préférence pour le présent, liée à la déresponsabilisation,
l’infantilisation et la démoralisation des citoyens va augmenter. »
4/ La politique étrangère comparée de la monarchie
et de la démocratie
En démocratie, la propriété
nationalisée du pouvoir et l’entrée libre sur le marché politique se
combinent pour accroître le désir d’expansion. Pour étendre sa base
fiscale, le démocrate impérialiste n’a d’autre voie que la guerre. Hoppe
s’oppose à Kant qui croyait que la généralisation de la démocratie
amènerait la paix universelle. Pour lui, les rois se battent pour des
objectifs concrets avec des armées et des finances privées, donc
limitées. Le peuple supporte ces guerres dès lors que l’on distingue
bien combattants et non combattants. La conscription est rarissime. Le
soldat vaut cher, il ne faut pas le gaspiller. La guerre n’est pas
idéologique donc moins cruelle.
« Par contraste, les guerres
démocratiques tendent à devenir totales. On a supprimé la distinction
entre gouvernants et gouvernés. Donc le public s’identifie
émotionnellement à la nation en guerre. La conscription devient la
règle. Le soldat ne coûte rien ; on peut en tuer autant qu’il le faudra.
La brutalité guerrière augmente. L’Etat démocratique n’épargne pas
les civils mais il se prend pour l’incarnation du Bien. Selon les
cas, il incarne la liberté, la révolution (France, URSS) ou la Nation !
Les passions se déchaînent ! »
« En contraste avec la guerre limitée
de l’Ancien Régime (sauf la guerre de Trente Ans, qui est une guerre de
religion !), la nouvelle ère de la guerre démocratique qui commence avec
la Révolution française et les guerres napoléoniennes, qui continue avec
la guerre de Sécession aux USA et qui atteint son apogée avec les deux
guerres mondiales, est l’ère de la guerre totale. » Selon Fuller (« War
and Western Civilization ») « l’influence du nationalisme lié à la
démocratie fut profonde en développant le côté émotionnel de la guerre
et en la rendant plus brutale. Au XVIIIe siècle, la guerre est
l’occupation des rois, de la cour et des gentilshommes. Les soldats
vivent sur la cassette du roi. Ils coûtent trop cher pour être
gaspillés. C’est la Révolution française qui a changé cela ; l’esprit
sans-culottes a remplacé l’esprit de cour. Les armées ont gagné en
taille et en férocité. La Révolution a donné en 1793 au monde la
conscription universelle. Le massacre des civils va devenir courant. «
En 150 ans, la conscription nous ramène à l’âge barbare », écrit Hoppe.
5/ La régression démocratique
En résumé, en monarchie, le
gouvernement est privatisé, l’intérêt du roi propriétaire est sur le
long terme, la taxation est modérée et la guerre limitée. Mais quand le
gouvernement est l’objet d’une appropriation publique, démocratique et
républicaine, les effets anticivilisateurs liés à une préférence
excessive pour l’immédiat s’aggravent : le capital est gaspillé, le
court terme l’emporte, la vie sociale s’infantilise, la brutalité
augmente.
Selon Hoppe, « Juste après la
Révolution française et les guerres napoléoniennes, on a compris le
caractère violent du républicanisme : guerre extérieure, terreur
interne, brutalité envers l’Eglise, égalitarisme voire socialisme
économique. Tout cela s’est implanté durablement en France. De 1815 à
1914, l’esprit démocratique a progressé mais toute l’Europe, sauf la
France et la Suisse, était monarchique. La guerre de 1914-1918 devint
rapidement une guerre idéologique. Le président américain, Woodrow
Wilson, se fixa la mission d’étendre la démocratie et d’éliminer les
dynasties. En 1918, les Romanov, les Hohenzollern et les Habsbourg
furent éliminés. Dans les monarchies qui sont restées, les rois n’ont
plus de pouvoirs ; ce sont les parlementaires et les fonctionnaires qui
gouvernent. L’ère de la domination américaine et de son idéologie
républicaine et démocratique a commencé.
Du point de vue de la théorie
économique, la fin de la première guerre mondiale est le moment où la
propriété privée du gouvernement a été remplacée par la propriété
collective, produisant une tendance à accroître la préférence pour
l’immédiat, la croissance du poids de l’Etat et un processus de
décivilisation dans les mœurs. Le XXe siècle s’identifie à la montée de
l’étatisme, à la dégradation des mœurs et à la montée de la violence.
Depuis 1918, tous les indicateurs de la croissance de la préférence pour
l’immédiat sont montés.
Du point de vue du mode de
gouvernement, l’idéologie démocratique républicaine en se radicalisant a
produit le communisme (esclavage public + massacres d’Etat en temps de
paix !), le fascisme, le national-socialisme et le régime plus durable
qu’est la social-démocratie (la gauche). Les trois premiers régimes sont
des tyrannies (pouvoirs arbitraires au nom du peuple et qui cherchent le
soutien populaire) dont le modèle fut le communisme, le fascisme étant
un dérivé. Le service militaire universel s’est généralisé, les guerres
extérieures et civiles se sont multipliées et ont gagné en brutalité, la
centralisation politique s’est accrue. La démocratie républicaine a
conduit à l’accroissement permanent des impôts, de l’endettement public
et du nombre des fonctionnaires. L’étalon or fut détruit, l’inflation a
progressé. Le droit privé a été perverti par une législation et une
réglementation galopantes.
Si l’on examine la société civile, les
institutions du mariage et de la famille ont été affaiblies, le nombre
des enfants a baissé, le taux de divorce, d’enfants illégitimes,
d’avortements a augmenté. Le taux d’épargne a baissé malgré la hausse
des revenus. En comparaison avec le XIXe siècle, le niveau intellectuel
des élites politiques s’est dramatiquement effondré de même que la
qualité de l’enseignement public. Les taux de délinquance, de chômage,
d’assistance, de parasitisme, de négligence, de brutalité et
d’impolitesse, de psychopathie et d’hédonisme désordonné ont augmenté.
Dans certains pays où la démocratie
a pris en outre une tonalité antireligieuse, tout ceci est aggravé
d’autant plus que la religion, chrétienne notamment, réfrène la
préférence pour l’immédiat, ce trait psychologique du non-civilisé.
Finalement, pour le professeur
Hoppe, ce sont les idées qui mènent le monde, vraies ou fausses. Les
rois ne purent gouverner que parce que l’opinion publique trouvait cela
légitime, la force n’est qu’un appoint ; de même le gouvernement
démocratique dépend de l’opinion publique et de la force comme appoint.
Aujourd’hui, il faut donc que cette opinion publique change si l’on veut
arrêter ce processus de déclin de la civilisation lié aux défauts de la
démocratie. Hoppe est persuadé que l’idée même du gouvernement
démocratique sera un jour considérée comme immorale et politiquement
impensable. Cette déligitimation est pour lui nécessaire pour empêcher
la catastrophe sociale qui s’annonce. Ce n’est pas le gouvernement
qui est la source de la civilisation mais l’institution de la propriété
privée, la défense des droits de propriété, des contrats et la
responsabilité individuelle : « Un gouvernement fondé sur la
propriété privée est donc nécessairement plus civilisateur qu’un
gouvernement dont la propriété a été collectivisée. » Il faut donc
expliquer à l’opinion cette supériorité de la monarchie qui repose sur
des lois scientifiques de l’économie.
6/ La libre entrée sur le marché politique n’est pas
un progrès
En monarchie, c’est le prince qui
décide si vous pouvez participer au pouvoir. En démocratie, tout le
monde peut participer en théorie. On a cru que c’était un progrès. C’est
faux. En démocratie, la loi n’est pas égale pour tous car le droit
public est supérieur au droit privé. Il n’y a pas de privilèges attachés
à la personne mais des privilèges attachés aux fonctions publiques. «
Les privilèges, la discrimination et le protectionnisme ne disparaissent
pas. Au contraire, au lieu d’être limités aux Princes, ils peuvent être
exercés par quiconque. Le gérant interchangeable profite du monopole du
pouvoir avec sa vision à court terme et il est indifférent à la charge
qu’il fera payer aux propriétés d’autrui. Le roi, lui-même propriétaire,
aura plus de scrupules. Il n’a pas intérêt à porter atteinte aux
propriétés en les redistribuant. Avec le roi, le droit privé demeure le
droit supérieur. Avec la démocratie, le droit public prédomine et mine
le droit privé. La libre entrée sur le marché politique, qui n’est plus
réservé aux propriétaires du pouvoir, signifie la libre entrée accordée
à des irresponsables. »
7/ La libre compétition dans le mal
Le suffrage universel combiné avec la
loi de la majorité organise une compétition entre gérants qui vont faire
des promesses de type égalitariste à divers groupes sociaux pour se
faire élire. L’incitation à produire et à être propriétaire va diminuer
car ceux-ci seront les proies désignées. La qualité des hommes va
baisser et donc la vie va perdre en agrément. Plutôt que de favoriser la
production, la moralisation et la plus grande culture, la démocratie va
apporter la délinquance et les mauvaises manières, la corruption et la
décadence culturelle.
C’est une grave erreur de croire que
la libre compétition est toujours bonne. La libre compétition pour
produire des biens et des services est bonne. La libre compétition pour
produire le mal est mauvaise. La compétition pour escroquer l’innocent
n’est pas un bien.
Or la compétition démocratique est de
cette dernière catégorie. Il y aura toujours des hommes pour vouloir
voler et exproprier les autres. Le faire au nom de la démocratie donne
bonne conscience. Face aux électeurs, les amoralistes qui ont le
talent d’assembler des majorités envieuses autour de demandes
incompatibles et immorales, les démagogues professionnels, ont toutes
les chances de gagner la compétition pour gouverner. Aider A à
s’associer à B pour voler C au nom de la règle de la majorité n’a rien à
voir avec la justice : c’est en quoi la démocratie est non seulement
antiéconomique mais carrément immorale.

La sélection d’un prince n’est pas
parfaite mais il est élevé à préserver la dynastie. S’il est très
mauvais, la famille interviendra et l’entourage immédiat prendra soin de
l’Etat. C’est pourquoi un roi n’est jamais un Hitler ou un Staline mais
ou bien un homme de qualité ou bien au pire un dilettante. Par
contraste, la sélection de l’homme politique par voie électorale exclut
presque qu’un homme honnête ou neutre parvienne au sommet. Seul le
démagogue sans inhibitions morales arrive à se faire élire président. Le
gagnant est celui qui promet le plus avec la plus grande probabilité de
ne donner en fait rien du tout. On voit le résultat : toujours plus
de taxes et de dettes, toujours plus de législation et de
réglementation, la corruption et l’arrogance en plus ! Oser dire que
la démocratie est dans ces conditions le gouvernement du peuple par le
peuple et pour le peuple est une véritable escroquerie.
8/ Perversité du socialisme
Ce n’est pas un hasard si le XXe
siècle, le seul qui a connu la démocratie généralisée, fut aussi le
siècle par excellence du socialisme : du communisme, du fascisme, du
national-socialisme et de la durable social-démocratie. La deuxième
guerre mondiale a été à l’ouest la victoire de la social-démocratie sur
le fascisme ; ce fut un progrès des libertés mais les USA sont
l’incarnation de la social-démocratie et certainement pas d’un véritable
Etat de droit où règne la liberté. Les conservateurs américains
d’ailleurs s’en plaignent à juste titre.
Pour comprendre le socialisme, il faut
en revenir aux fondamentaux de l’économie : la richesse ne peut
s’acquérir que de trois façons :
- s’approprier un avantage naturel
rare,
- produire des biens,
- acheter ces biens d’un producteur.
Dans ces trois cas, il y a création de
valeur. La propriété collective entraîne moins de ces trois activités
car elles ont un coût et n’intéressent que celui qui peut être
propriétaire privé. Par ailleurs, si les moyens de production ne peuvent
être achetés, il n’y a plus de prix du marché pour les facteurs de
production. Le calcul économique étant impossible, il y aura des
gaspillages. L’efficacité professionnelle n’est plus ce qui compte mais
l’intrigue politique. Cette politisation de la société créée par le
collectivisme appauvrit tout le monde.
L’efficacité est liée à la propriété
privée pour que chacun soit incité à faire des efforts ; elle est liée à
l’existence du marché pour que les calculs de rareté soient possibles et
que le gaspillage soit évité. Le socialisme est donc source
d’appauvrissement. Mais la démocratie qui est la socialisation du
pouvoir politique a des effets analogues. Le gérant politique non
propriétaire sera moins rationnel. Au fond, le passage de la monarchie à
la démocratie a été la première réforme socialiste ! Les socialistes du
XIXe siècle n’avaient pas tort en disant qu’ils voulaient compléter sur
le plan économique ce qui a été fait par la Révolution française sur le
plan politique.
9/ L’esprit conservateur et l’esprit libertarien
sont complémentaires
Hoppe estime que le conservatisme (au
sens américain) et les idées libertariennes vont ensemble. Par
conservatisme, il entend ceci : « Un conservateur est quelqu’un qui
croit en l’existence d’un ordre naturel qui correspond à la nature des
choses et à la nature de l’homme. (…) Cet ordre naturel est ancien et il
est éternel. » Pour Hoppe, la famille, la propriété, la hiérarchie
font partie de cet ordre naturel. Et il précise : « Les conservateurs,
et plus spécifiquement les conservateurs helléno-chrétiens du monde
occidental, doivent avant tout défendre la famille, les hiérarchies
sociales et les tenants de l’autorité matérielle, intellectuelle et
spirituelle qui émergent des relations familiales et de la parenté. »
Ces conservateurs-là doivent selon lui se rallier aux idées
libertariennes.
La démocratie a, selon lui, perverti
le conservatisme en faisant croire que la suppression des phénomènes
contraires à l’ordre naturel, destruction des familles, de l’autorité,
délinquance, etc., suppose un recours croissant à l’Etat. Ce
conservatisme-là croit qu’il suffit de « volonté politique » pour
résoudre les problèmes. Il ignore qu’il y a des lois économiques et des
lois du comportement humain. C’est l’Etat avec sa législation sociale
qui est responsable du déclin de la famille et de la régression mentale
et émotionnelle des adultes à l’état d’adolescent.
La pensée libertarienne part de la
propriété des ressources rares sans laquelle il n’y a pas de société
viable. L’éthique et le droit pénal sont réexaminés en termes de droits
de propriété. Tous les droits humains sont des droits de propriété.
L’éthique libertarienne n’est pas révolutionnaire mais conservatrice car
fondée sur la permanence du droit naturel. Elle n’innove pas car elle
est fondée sur les constantes de la nature humaine. « Mieux encore, si
les conservateurs s’intéressent à la famille, les communautés, la
hiérarchie et l’autorité, et si les libertariens s’intéressent aux
droits de propriété et à leur gestion, ils s’intéressent tous au même
objet : l’action humaine et la coopération. Les familles, l’autorité et
la hiérarchie sont des concrétisations des catégories abstraites que
sont les concepts de propriété de production, d’échange et de contrat.
Dans le monde concret, les propriétés n’existent pas en dehors des
relations familiales. Celles-ci donnent leur forme aux propriétés. La
désintégration familiale et le déclin moral et culturel déploré par les
conservateurs est le résultat de la destruction des bases économiques
des ménages par le welfare state. La théorie de la justice peut aider
les conservateurs à mieux formuler leur exigence de retour à la
civilisation (normalité morale et culturelle). »
Hoppe admet que beaucoup de
libertariens ont combiné l’antiétatisme avec des idées culturelles de
gauche et un hédonisme débridé, se faisant les défenseurs de
l’infantilisation émotionnelle et du retour à la barbarie. Le
relativisme moral et l’égalitarisme antiautoritaire sont des traits
mentaux provisoires de l’adolescence qui sont en cours chez les
intellectuels de gauche. Pour ces milieux nihilo-libertariens, il faut
tolérer la vulgarité, l’obscénité, la drogue, la prostitution, la
pédophilie comme étant normales dès lors qu’il n’y a pas d’agression
physique sur autrui.
Ainsi, le mouvement antiétatiste
voulant restaurer les droits de propriété et l’économie de marché s’est
trouvé capté par des produits émotionnels et mentaux du welfare state :
la nouvelle classe des adolescents éternels ; quel paradoxe ! Mais les
idées libertariennes ne consistent pas à tolérer n’importe quoi !
« L’Etat moderne a privé les
propriétaires privés du droit d’exclusion impliqué dans le concept même
de propriété individuelle. La discrimination est rendue illégale : les
employeurs ne peuvent embaucher qui ils veulent. Les propriétaires ne
peuvent louer à qui leur plaît. (…) L’Etat a ainsi volé aux individus
une grande partie de ce qui assurait leur protection physique. Ne pas
avoir le droit d’exclure les autres signifie ne pas avoir le droit de se
protéger. Le résultat de cette érosion des droits de la propriété par
l’Etat démocratique est l’intégration forcée. Les Américains doivent
accepter les immigrants qu’ils ne veulent pas. Les professeurs ne
peuvent exclure les étudiants qui se comportent mal ; les employeurs
sont condamnés à garder des employés nuls ; les propriétaires sont
forcés de garder des locataires invivables ; les banques n’ont pas le
droit d’éviter les clients à risque ; les clubs privés doivent accepter
des membres contrairement à leurs statuts (…).
Et pourtant, exclure quelqu’un de sa
propriété est le seul moyen d’éviter des ennuis qui réduiraient la
valeur de cette propriété. L’intégration forcée subventionne le
mauvais comportement ; dans une société civilisée, le prix à payer
pour un mauvais comportement est l’expulsion ; les individus pourris
sont mis à l’écart pour protéger les individus honnêtes. Cette exclusion
décourage les mauvais comportements, en accroît le coût. Si cette règle
est brisée, les gens malhonnêtes et mal élevés vont proliférer. Cette
politique d’intégration forcée a des résultats visibles : toutes les
relations sociales, professionnelles ou privées deviennent de plus en
plus égalitaires et le degré de civilisation diminue. L’identité de
chacun se réduit à son seul prénom ! »
Pour Hoppe, dans le pacte d’une
société libertarienne de libres propriétaires, il faut des règles de
protection de la propriété et de la famille. « La communauté est menacée
par l’égalitarisme et le relativisme culturel. L’égalitarisme est
incompatible avec l’idée même de propriété individuelle. Elle implique
l’exclusivité, l’inégalité et la différence. Le relativisme culturel est
incompatible avec des relations familiales normales. Egalitarisme et
relativisme sont des armes pour échapper aux contraintes d’une société
normale. L’égalitarisme est basé sur cette idée infantile que la
propriété est “donnée” (arbitrairement) plutôt que produite et acquise
par le travail productif. C’est l’arme intellectuelle des jeunes
rebelles adolescents qui veulent des ressources économiques gratuites
pour mener une vie “libre” de toute discipline familiale. »
Dans une communauté libertarienne, il
n’est pas question de tolérer les idées démocratiques et communistes
(elles sont apparentées) susceptibles de détruire l’ordre libre convenu
entre les propriétaires. Selon Hoppe, « La tolérance excessive qui
conduit à la dégénérescence morale, à la désintégration sociale et au
pourrissement culturel n’a rien à voir avec les idées libertariennes. Un
ordre social libre est nécessairement fondé sur le droit d’exclure qui
est lié à la notion même de propriété individuelle (…). Les
antiautoritaires et apôtres de la contre-culture ne sont pas des
libertariens mais des imposteurs. »
Conclusion : restaurer la monarchie ?
Restaurer la monarchie signifie
reprivatiser le pouvoir politique. Lors de la chute du communisme en
Europe centrale, on a reprivatisé les entreprises nationalisées pour des
raisons de justice et d’efficacité. Il faut faire de même à présent avec
le pouvoir politique et le reprivatiser en le confiant à nouveau à ses
légitimes titulaires expropriés par la violence révolutionnaire.
En fait, le professeur Hoppe n’est
pas du tout un idéologue monarchiste ; il est un économiste libertarien
dans la tradition américaine (et autrichienne ; celle de Von Mises et
Hayek). Il rêve d’une société de libres propriétaires sans Etat. Mais
l’homme étant imparfait, se passer d’Etat est impossible. Le deuxième
choix est pour lui la monarchie car elle est la forme la plus naturelle
du pouvoir parce qu’elle émerge naturellement du besoin de protection et
qu’elle est incarnée et non abstraite. Peut-on revenir à la monarchie,
c’est-à-dire reprivatiser l’Etat ? Cela paraît difficile a priori mais
ce serait une erreur de croire que l’histoire ne peut pas prendre de
tournants imprévus. Peu de gens, hors Hayek par exemple, ont prévu la
chute brutale de l’URSS. Personne n’a prévu le succès de la Réforme de
Luther ou celui de la Renaissance italienne et il y a bien d’autres
exemples en bien comme en mal. La démocratie occidentale n’a pas de
raison d’être éternelle. A Rome, comme à Athènes, la République et la
démocratie furent des étapes transitoires. Et le maximum de raffinement
dans la civilisation a correspondu sans doute à la Grèce hellénistique
et royale et à l’empire romain à ses débuts (sous Auguste par exemple)
et non à la période antérieure. Hoppe estime que la démocratie va
s’effondrer sous le poids de ses dettes et de ses dépenses sociales lors
de l’effondrement démographique qui s’annonce et qui est produit par la
destruction des valeurs familiales.
Yvan BLOT
Docteur de l’Institut d’études
politiques de Paris
© Polémia
6/04/06
Hans Hermann Hoppe, aux Etats-Unis ,«
Democracy, the God that Failed » avec, en sous-titre, « The Economics
and Politics of Monarchy, Democracy and Natural Order ».
texte hébergé
en 03/06

Le Figaro » du
22/03/06.
« (…) Le
CPE n’est qu’une péripétie. Ce qui est en cause est plus fondamental :
l’autorité de l’Etat. Des émeutes dans les banlieues au rejet du CPE,
en passant par la scandaleuse affaire de la SNCM, c’est à une
poltronisation de l’Etat français que l’on assiste. Là encore, tout
commence en mai 68. Confronté à la révolte des étudiants, le général
De Gaulle s’envole précipitamment vers Baden-Baden. De Gaulle est
revenu, l’autorité de l’Etat c’est moins sûr. Depuis cet événement
originel, la rue n’a cessé de prendre le pas sur le gouvernement et le
parlement. (…) Si le résultat des élections est toujours susceptible
d’être remis en cause par la rue, à quoi bon voter ? (…) En laissant
se développer la chienlit généralisée qui gagne la France, le
gouvernement ne faillit pas seulement à sa mission. Il perd sa raison
d’être… » (SOURCE : Drieu Godefridi, président fondateur de l’Institut
Hayek, un think-tank installé à Bruxelles, « La crise du CPE, un test
décisif pour l’Etat poltron » in « Le Figaro » du 22/03/06.)

Une parlementaire travailliste des Pays-Bas en
vue,
a une
riche idée
: sanctionner
financièrement les femmes éduquées qui ne travaillent pas......."Une
femme bénéficiant d'une éducation élevée qui choisit de rester à la maison
au lieu de travailler - c'est une destruction de capital. [...]
Si vous bénéficiez d'une éducation
coûteuse aux frais de la société, vous ne devriez pas avoir le droit de
jeter à la poubelle ce savoir sans être punie."
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